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ON VOUS A LU.E / ON VOUS EN PARLE / Eve GUERRA Corps profonds

EVE GUERRA

EVE GUERRA  Corps profonds

 

Eve GUERRA, Corps profonds, Editions LE REALGAR

https://lerealgar-editions.fr/portfolio/corps-profonds/

 

ESPACE PANDORA – Festival PAROLE AMBULANTE

https://espacepandora.org/portfolio-item/parole-ambulante/

 

 F.E.R.M.E du VINATIER

http://www.ch-le-vinatier.fr/ferme

 

C’est peut-être et d’abord, à un moment donné, une rencontre et une histoire de passeurs d’écriture attentifs et bienveillants : Lionel Bourg et Daniel Damart à St Etienne dans la Loire. Eve Guerra a su toquer au bon endroit pour trouver le moyen de nous raconter un peu de son parcours et beaucoup de son univers mental bien servi par son écriture vigoureuse et pudique. On la quitte enfant heureuse et choyée, on la croise adolescente sous influence, on la  retrouve femme écrivain, entre temps du sang de guerre a coulé et l’asile lui a été accordé, sans les séquelles habituelles immédiates du déracinement. Elle a gardé la langue des colonisateurs, le français et la foi latiniste des missionnaires . J’ai cru comprendre qu’elle était métisse de là-bas et nostalgique des années d’enfance sans guerre  entre père et mère au Congo, dans  une ville portuaire où on voit, sans savoir que c’est compliqué, la ligne de fuite de l’horizon largement ouvert.

     Entendre pour la première fois  sa voix l’autre soir à la F.E.R.M.E du Vinatier en présence de son éditeur du Réalgar dans le cadre du Festival Parole Ambulante organisé par l’Espace Pandora, puis lire son livre : Corps profonds, à la veillée, en solitaire, m’ont convaincue qu’il fallait partager et sans délai, mon enthousiasme. Je tente de l’exprimer sans modération et de la remercier pour sa qualité de présence et son talent d’écriture(s) . Je l’écris au pluriel car elle alterne prose et poésie avec agilité. Bien qu’ayant déjà publié, elle se voit débutante et s’excuse en public de mettre en partage certains textes qu’elle estime « plombants », elle ne veut pas nous attrister et elle évoque les choses difficiles avec un visage rieur et dubitatif . « Vous voulez vraiment que je sois là avec ma noirceur? » Sa sincérité est allée droit aux cœurs.

    Elle a des choses à nous dire et voudrait que ça se passe bien pour nous. C’est une attitude qui ne recèle aucune fausse modestie. Elle ne sait pas encore qu’elle n’est  qu’au tout début de l’aventure et qu’elle va nager en eaux profondes avec des apnées fréquentes dans le marigot océanique des auteur.e.s  adoubé.e.s par les circonstances favorables du jour. Pour autant, viser la lune n’est pas incongru ni présomptueux. Le mieux est de ne pas vouloir quoi que ce soit, autre que l’estime de soi dans le regard des autres et d’éviter de faire marche arrière. Le premier pas dans la lecture publique est fait.  Le plus dur est devant. « Je ne suis plus celle qui est dans ce livre » nous dit-elle, et on la croit. On va la suivre, attendre son premier roman. On est là !

Marie-Thérèse PEYRIN 

11.11.23

 

Écoutons de quoi ça nous parle :

EXTRAITS  (deux textes juxtaposés) L’art du contraste...

VERSION AUDIO     Téléchargement Eve Guerra

 

 

 

Jour de grand soleil. On plie le linge à quatre mains,

faisant voler les fleurs du vieux drap -le drap recouvre son

sourire – on joint les deux bouts, on recommence : le blanc

dévoile toutes les hypothèses – blanc du soleil au zénith,

blanc à l’ombre des arbres ; blanc épique (soutenant les

fleurs éteintes), blanc souterrain, relief, blanc au pied des

colonnes géométriques (innombrables), le blanc entre ses

mains : sa mère jette les draps et l’odeur du savon. Rivalité

des nuages quand  le drap se tend, léger et rond : le vent

vient d’en bas, il traverse son corps et lui gonfle le ventre...

 

On empile tout sur un tabouret bas.

  • Grouille !

 

C’est la grande lessive. Les vêtements prennent le soleil ;

bientôt, ce sera leur tour et on les pliera : les pantalons pas

comme les tee-shirts, les robes, etc., le tissu partagé à égale

distance. On devient une femme comme ça, lui dit sa mère,

« en apprenant à plier le linge ». Plus que la rigueur des

formes, du tissu, c’est la déclinaison des couleurs qui lui

impose la discipline – le rouge et le bleu des robes, le noir

des pulls, noir palu ou fièvre ( on ne les porte que dans cet

état) : la fillette imprime les couleurs pour « Faire mémoire »

tant que les corps aimés existent.

 

 

p.14

 

 

*

 

C’est une odeur de mort et de sel, ses cheveux qui glissent

dans la camionnette, elle porte mon corps – le sel sur le

vent - , jette les bras, bloque les portières :

avec la poussière des sièges, l’odeur fuyait comme

nous dans la ville et le quartier tombés des jours dans la nuit,

 

l’odeur du sel et la ville,

 

le son métallique des mitraillettes cognant les murs faisait

disparaître le monde

 

l’odeur s’imprimant dans celle du sang, maman et ses bras

si longs autour de mon cou combattait la nuit.

 

C’était l’odeur du sel venue du port, brusquement,

 

Pointe -Noire où elle est superposée à celle des morts, sang

coagulé sur la peau, la ville bloquée

 

check-point au sortir de chaque quartier

  • Présentez les cartes d’identité, présentez les passeports

 

L’odeur du sang comme les cadavres entassés au bout de la

ruelle où nous jouions, autrefois, de tous nos corps réunis, la

corde à sauter  balayant le sable rouge, se levant jusqu’au-

dessus de nos bras.

 

et le sel avec le ciel est tombé dans la nuit

 

Je me souviens de l’odeur du sel, Pointe-Noire la ville

Maritime où on puise le pétrole qui vendra la nation,

 

mais surtout de l’odeur du sel, comme de ce qui reste en

partage avec l’effondrement,

 

une odeur du sel au milieu des cadavres avec des phares

blancs perçant la nuit, je me souviens de l’odeur du sel

comme de ses tresses sur mon visage : l’odeur du sel est

tombée sur ma peau, m’offrant la mémoire de tous les morts

et l’odeur du sel est revenue ce matin, effondrant le monde,

encore

 

 

Quand la guerre civile a éclaté, nous jouions les deux mains

posées dans le ciel. Je crois que c’étaient tous les jours après

le bruit de la terre, les mains explosant dans les murs, ou

c’était que

les murs explosaient d’eux-mêmes

avec nos mains ensemble

je tape mes mains sur tes mains

comme mon corps

Et Dieu qui nous regarde n’ignore pas qui mourra bientôt

Je me souviens de la terre comme d’un sacrifice

le ciel de tout notre sang baigné

je me souviens de la terre comme le visage de tous ces corps

qui tombent

les cadavres à traîner sous nos mains

Et Dieu qui ne pleurera jamais le sang de notre terre.

Je me souviens de la colère.

On jouait les deux mains dirigées vers le ciel

quand la terre a éclaté

n’était même plus le visage de ce que l’on peut croire

comme espérance

Et je crois que le ciel est tombé

ou bien c’était que la guerre a bombardé le monde

Et la famille est morte

comme Dieu

 

 

Page 15 à 17

 

Eve GUERRA  prépare un roman intitulé  RAPATRIEMENT  à paraître chez GRASSET

Eve Guerra a 34 ans. Elle grandit au Congo Brazzaville qu’elle fuit pendant la guerre civile. Elle est aujourd’hui enseignante de latin, de grec ancien et de français, chroniqueuse pour Lire et auteure d'un premier recueil de poésie Corps profonds.

 


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    Terres de Femmes En mémoire de l'Ami Yves Thomas le compagnon d'Angèle et par Amitié de longue date avec le couple , nous tenons à laisser en évidence le lien vers Leur magnifique site qui reprend peu à peu son travail de noria au service de la littérature et de la poésie en particulier. TdF / Une amitié née du WEB sur des affinités profondes et durables autour de la Poésie et de l'insularité qui lui permet d'être reliée à une multitude d'écritures contemporaines. Responsable de la rédaction : Angèle Paoli *** Direction artistique et mise en images : Guidu Antonietti di Cinarca [G. AdC]

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    Ce blog d'abord personnel a accompagné la création de l'Association Lyonnaise La Cause des Causeuses de 2007 à 2018. Il contient les balbutiements et les expérimentations numériques qui ont permis de relier les lecteurs et lectrices de Poésie que nous sommes et des écritures singulières pour les faire connaître lors de rencontres conviviales( Bivouacs poétiques, Troc Poétique, Lectures publiques, Ateliers thématiques en lien avec le Printemps des Poètes, Ateliers créatifs tout public...).